Une victoire au-dessus de la mêlée


Au terme d’une fin de match dépassant tout entendement, le XV de France est allé chercher la victoire la plus méritée de l’histoire du rugby, vingt minutes après la fin du temps réglementaire. Un exploit sans commune mesure qui a des allures d’acte fondateur pour l’ère Novès.

Quatre-vingt minutes de beau rugby, vingt minutes de combat supplémentaires dans les cinq mètres gallois conclu par la double explosion provoquée par l’essai de Damien Chouly et la transformation de Camille Lopez… On peut se le dire, les 78886 billets vendus hier était les plus rentables de l’histoire du rugby. Les spectateurs pourront remercier Mr. Barnes, qui, bravant la menace d’une décapitation en cas de défaite française, est resté à sa philosophie du ‘Show must go on’ en refusant d’accorder un certes légitime, mais visuellement hideux, essai de pénalité aux Bleus. En plus d’une victoire qui ‘matché’ avec les critères esthétiques de Monsieur Barnes, les Français sont surtout allés chercher, du héros aplatisseur Damien Chouly au médecin et roi de l’intox Philippe Turblin, la plus belle victoire collective du XV sous la houlette de Guy Novès.

Barnes 3

Essai de pénalité… Non mais ils sont cons ces mecs, un essai et une pénalité, c’est pas la même chose.

80 minutes à la tradition française 

On la voyait arriver gros comme une maison, cette vieille défaite made in France, qu’on a d’ailleurs pu apercevoir sur les pelouses anglaises et irlandaises. Il faut dire que le schéma classique était suivi comme du papier à musique par les hommes de Guy Novès. Après 20 minutes jouées tambours battant, les Gallois, profitant d’une baisse de régime et de l’indiscipline française, revenaient petit à petit au score pour basculer de 10-0 à 10-9 à l’entracte. Ce qui devait arriver en deuxième mi-temps, arriva: 12-10, 15-10 puis 18-13 en faveur des Gallois, avec pour chef d’orchestre un Leigh Halpenny en mode métronome, punissant par un coup de pied chirurgical chaque fausse note française. Face à la routine de la défaite frustrante, le public déchante. Jusqu’à la 76 ème minute, moment choisi par le baryton Gourdon pour lâcher un ‘Allez les gars’ qui sent bon la révolte. L’espoir s’embrase alors, les Bleus se rapprochent de la ligne, poussés par une Marseillaise qui résonne fort dans les travées du Stade de France… Les Bleus obtiennent une mêlée à cinq mètres de la ligne galloise. La suite de l’histoire, fait désormais partie de la légende.

Étouffés par les Gallois le temps d'une mi-temps

Étouffés par les Gallois le temps d’une mi-temps

20 minutes irréelles (en mode live)

79′ Les espoirs français reposent sur les huit bonhommes qui vont s’envoyer au charbon sur cette « dernière mêlée ». Celle-ci finit au sol. On y retourne.

80′ Les Gallois entament la traditionnelle tchatche anglo-saxonne. Les Bleus répliquent en envoyant Doc’ Turblin faire une petite pièce de théâtre pour inventer un malaise à Uini Atonio, afin de le faire remplacer par le (moins brouillon) Rabah Slimani. On ne peut se permettre la moindre crucherie à ce moment là du match.

82′ Le changement paie cash. Les Bleus dominent la mêlée galloise et multiplient les impacts. Les Gallois sont contraints à l’anti-jeu et se font punir. Carton jaune de Samson Lee. Les Gallois n’ont officiellement plus de pilier droit sans commotion. Tomas Françis, qui sirotait alors un Spritz apérol dans les tribunes avec une poche de glace, est rappelé sur la pelouse. Sa course de 42 minutes pour arriver à l’emplacement de la mêlée en dit long sur les chances galloises.

85′ Mêlée introduction France. Les Bleus atomisent la mêlée du XV du poireaux. Pénalité. La farce commence.

87′ Mêlée introduction France. « Allez, celle-là c’est la bonne ». Pénalité pour la France…

89′ Mêlée introduction France. « Bon allez, la der’ des der' ». Le ballon sort. Avantage pour les Bleus. Ballon perdu. Pénalité pour la France. Les Gallois tchatchent pendant que Yoann Maestri tente d’expliquer les règles du Rugby à monsieur Barnes.

91′ Mêlée introduction France. Le Ballon sort. Avantage pour la France. « Allez au bout ». Ballon perdu… Pénalité pour la France. Les Gallois se creusent la tête pour inventer de nouvelles fautes à faire, tandis que Samson Lee, sorti à la 81ème minute, fait son retour sur la pelouse… Monsieur Barnes en veut encore, il veut rentrer dans l’histoire du rugby.

94′ Mêlée introduction France. Le ballon sort. Avantage pour la France. Ballon perdu. Pénalité pour la France. Sam Warburton sort son va-tout: « Eh, M’sieur l’arbitre, le méchant Brice eh ben il m’a mordu l’avant bras », « Bon d’accord bonhomme, on va regarder ». 3 minutes de vidéo. « Bon bah on voit rien, désolé M’sieur Sam ».

96′ Mêlée introduction France. Pack Gallois détruit pour la 92093ème fois. Pénalité pour la France. Toujours, pas d’essai de pénalité… Mais que fait la police ?

99′ Mêlée introduction France. La mêlée galloise s’écroule. Pénali… AH NON. Dupont sort le ballon de l’amas dans lequel il était engouffré. Chouly pousse. Picamoles pousse. Matthieu Lartot (commentateur) « Prenez votre temps, on n’est pas à ça près ». Slimani pousse. Faute de mains sans conséquence de Dupont, qui finit par naviguer dans la défense galloise tel Nemo dans les coraux. Le poisson-clown est repris à un mètre de l’en-but. Camille Chat pousse « dans un trou de souris » (Mathieu Lartot, roi de la déconne en toutes circonstances). Le félin échoue à 22 cm de l’en-but. Damien Chouly s’empare vite du ballon et aplatit derrière la ligne, en sauveur de l’humanité. Monsieur Barnes hésite: « Merde, y’a quand même pas essai? Bon allez Wayne regarde bien, je suis sûr que tu peux encore faire appel à la vidéo. Merde, non là c’est clair, y’a essai. Sacrebleu je m’amusais tellement. Bon… bah… Tuuuuuut ». Le stade explose. Matthieu Lartot exulte. Se trompe au passage sur l’auteur de l’essai. Puis Camille Lopez s’élance pour la transformation. Camille Lopez transforme. 20-18 pour les Bleus. Fin du sketch. Bonsoir Paris.

La sensation du vent qui tourne 

Difficile de citer une autre personne que France Gall pour résumer les émotions que nous ont fait vivre les Bleus pendant ce France-Galles. Parce que oui, cette victoire « Ella, Elle l’a » vraiment quelque chose de spéciale quand on sait d’où vient le XV de France. Alors que le mochard hold-up gallois se profilait à l’horizon, le XV de France a dit Stop, « Résiste » à la prophétie, puisant dans ses ressources pour chercher « ce tout petit supplément d’âme », qui l’a mené à la victoire finale. Fort d’un état d’esprit irréprochable et d’un combat collectif acharné, les Bleus ont montré que la volonté pouvait dépasser les fautes de mains et que la donne était peut-être en train de changer pour le XV du coq, après six années faméliques. Certes, le tournoi a une fois de plus pointé les récurrentes lacunes françaises (fautes de mains, manque d’efficacité offensive, indiscipline), qu’il faudra corriger au plus vite pour triompher à nouveau sur la scène internationale. Des défauts qui se corrigent à force de travail mais … vous avez beau travailler comme des forcenés, sans victoire fondatrice, vous ne devenez jamais une grande équipe. Et cette victoire au bout, du bout, du bout.. du bout du suspens, a des allures de « succès-ciment » avec lequel on érige les exploits sportifs. 20-18, c’est d’ailleurs sur ce score que la France avait battu les Blacks en 2007. Vous connaissez la suite… on avait perdu contre les Anglais en demi.

Oups.

Barnes 2

 

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