Réduire le formats des matchs de tennis, mais quelle idée ?


Sous la pression des chaînes de télévision, la Fédération Internationale de Tennis veut réduire le format des matchs pour les rendre plus prévisibles et plus « attractifs ». Mais nous, adeptes de la petite balle jaune, on n’aime pas ça! Explications.

Souvenez-vous

16h47, le 24 juin 2010, sur le gazon du court 18 de Wimbledon, l’Américain John Isner assomme Nicolas Mahut d’un dernier service dévastateur, et remporte après onze heures et cinq minutes de jeu ce qui reste le match le plus long et peut être le plus mémorable de l’histoire du tennis. Les deux hommes ont fait ce que personne n’aurait pensé réalisable ; un match sur trois jours, 183 jeux de service joués, une performance physique et surtout mentale hors du commun qui leur a valu une coupe de champagne à la sortie du court, mais surtout le respect du monde du tennis tout entier. Ce genre de performances, qui font partie de la magie du sport, vous risquez de ne plus jamais les revoir si la Fédération Internationale de Tennis (ITF), sous l’impulsion de son président Francesco Ricci Bitti, parvient à ses fins concernant le raccourcissement des matchs de tennis.

L’idée, c’est quoi ?

Un tennis version « light », voilà ce que veut la Fédération. Quatre jeux par sets à la place de six, une seule balle de service, et plus de « let » (on ne rejouera plus le point si la balle tape le filet après un service), ça fait rêver… Un nouveau format de match qui en réduirait de moitié le temps effectif et qui devrait « révolutionner le tennis, en particulier dans les clubs et la simple pratique sociale » selon les dires du boss de la fédération australienne de tennis Craig Tiley. Il ajoute que « Le temps est précieux » (merci pour l’info l’ami) mais aussi que « ce nouveau format rapide est parfait pour tout joueur soucieux de caser ses matchs de tennis dans un emploi du temps chargé ». Ce format de match rendrait donc moins contraignante l’inscription à des compétitions de niveau amateur et permettrait ainsi aux licenciés de taper la balle jaune plus librement, c’est ça l’idée. Ce type de format a pu être expérimenté par sa majesté Roger Federer, et sa presque majesté Lleyton Hewitt lors d’un match d’exhibition à Sydney en Janvier de cette année… Mais où va le monde ?

Roger Federer et Lleyton Hewitt lors de l'exhibition du tennis

Roger Federer et Lleyton Hewitt lors de l’exhibition du tennis « light ». Plus jamais les gars c’est compris ?

Pour aider les pauvres chaînes de télévisions millionnaires 

Si la dimension sociale est mise en avant par la fédération australienne, c’est bien la volonté de faire du pognon qui alimente l’idée de réforme au sommet du tennis mondial. Selon Francesco Ricci Bitti « La longueur de nos matchs est un problème, il faudrait pouvoir en contrôler la durée ». Quand on est un fan de tennis, adepte des matchs en cinq sets n’en finissant plus, où les joueurs vont au bout d’eux-mêmes devant un public en feu, on peut se demander quelle mouche a bien pu piquer les dirigeants du tennis mondial. La mouche en question, s’avère être les chaînes de télévision. En effet, l’imprévisibilité des matchs qui fait le charme de ce sport pose problème à celles-ci qui, par manque de vision sur la durée d’une journée de tournoi, ne peuvent pas prévoir d’autres programmes dans leur planning. De plus, c’est l’attractivité des matchs qui est en question. Un match présumé peu intéressant en termes de contenu ne va pas attirer l’œil du téléspectateur très longtemps, il faut donc qu’il se finisse au plus vite pour ne pas porter préjudice à la part d’audience des chaînes télé. Le président de l’ITF avance encore un autre argument. Pour lui la part d’attention des spectateurs serait à son apogée à la fin des sets et  sur cela on ne peut pas vraiment lui donner tort. En revanche la solution qu’il préconise, à s’avoir supprimer les fins de sets, s’avère un tantinet simpliste. « Supprimer les fins de sets c’est mieux » c’est aussi recherché que « Le changement c’est maintenant », un truc de président quoi …

Pourquoi l’idée est naze

Pour un sport aussi à cheval sur les traditions que le tennis, on peut dire que l’innovation serait de mauvais goût, et le dénaturerait. Ce que ne semble pas comprendre la fédération pourtant c’est que réduire la durée des matchs ne va pas les rendre plus passionnant, bien au contraire. Seule la durée des matchs peut rendre un match assez pauvre techniquement plus captivant. A la pauvreté technique se substitue le combat physique. Réduire les matchs de tennis c’est ôté toute la dimension physique accompagnant la pratique de ce sport. Pire, si les matchs ne durent pas plus de deux heures, vous mettez fin aux  cultures espagnole et sud-américaine du tennis. Allez dire à David Ferrer, ancien n°3 mondial, aussi appelée la « mobylette » du circuit, dont l’essence même du jeu est basée sur la lobotomisation physique de l’adversaire, qu’à partir de maintenant plus aucun de ses adversaires ne fera de malaise à la fin du match. C’est un peu comme si on ôtait à McTyson ou Mohammed Ali la possibilité de battre un adversaire par KO … Pas jojo comme projet.

Il convient également de noter l’incohérence dans la politique de réduction de la durée des matchs au sein de notre fédération. En effet, la victoire de Rafael Nadal à Wimbledon en 2008, joueur de terre pure souche avec un jeu a priori inapproprié à la vitesse du gazon londonien, en témoigne : les surfaces les plus rapides ont toutes été ralenties. Fini les matchs où les grands serveurs ne pouvaient se faire prendre leur mise en jeu, la priorité a été donnée au spectacle et donc aux longs échanges, ce qui a indubitablement … rallongé la durée des matchs.  Après, faut pas s’étonner que deux  as du fond de court comme Nadal et Djokovic tapent six heures de match en finale de l’Open d’Australie 2013 ! Ces deux joueurs d’ailleurs, symboles du « tennis spectacle » et des rallyes de fond de court dont les supporters et les chaînes télé raffolent, on les pointe du doigt parce qu’ils dépassent de quelques secondes le temps règlementaire entre chaque point. Mais on ne peut pas demander à deux hommes de nous faire vibrer sur des points marathons sans leur laisser le temps de récupération adéquat. Par contre l’idée de réduire la minute trente de pause tous les deux jeux pour grappiller quelques minutes de temps, ça, la fédération n’y a pas pensé. Pourquoi ? Parce qu’on ne pourrait pas voir la fameuse page de « réclames » si chère à nos chaînes de télévision.

Et pourquoi on laisserait pas le tennis tel qu’il est ?

Plutôt que de céder à la pression des chaînes de télévision, pourquoi ne pas simplement laisser la retransmission du tennis comme elle est. Eurosport possède les droits sur l’Open d’Australie et l’US Open, rendant accessible à tout le monde la vision des matchs. France Télévision a toujours retransmis Roland Garros, fait son programme en fonction de Roland Garros, et à part les fidèles adeptes de « Plus Belle la Vie », tout le monde est content. Après, c’est Lionel Chamoulot qui commente les matchs … mais ça c’est un autre problème. Plus sérieusement, si l’argent généré peut permettre de rendre ce sport moins élitiste et aider les joueurs hors du top 100 à s’en sortir économiquement, alors on pourra concevoir l’idée d’une réforme. Mais, étant donné la situation on peut penser que cela profiterait avant tout aux chaînes de télévision comme Bein Sport, qui a déjà mis la main sur Wimbledon, et dont le projet de racheter les droits de Roland Garros pourrait se voir réalisé. Et puis pour ceux qui ne sont pas abonnés, il ne vous reste qu’à souscrire…

Vous l’aurez compris, fans et joueurs de tennis aguerris, vous qui n’avez jamais foulé le court central de Wimbledon, mais qui avez un jour gagné un match de plus de trois heures de jeu, au bout de la nuit contre votre pote Jean-Jacques au tournoi de Savon les Bains, ce qui constitue l’une de vos rares fiertés tennistiques, la fédération a pensé à vous et vous offre l’opportunité de caser un match de 23 minutes entre le boulot et la tonte de la pelouse. Et puis, si jamais après une dure journée vous voulez vous détendre en regardant un match de Roland Garros (si vous avez souscrit à BeinSport bien évidemment), vous pourrez toujours voir un match marathon entre Roger Federer et Gaël Monfils, qui aura duré 1h  23 minutes et 46 secondes. Petits veinards. Mais comme notre nouveau copain Francesco l’a dit, « les joueurs sont plus conservateurs que nous et n’ont pas soutenu le projet », on n’a encore eu de la chance. Que les choses soient claires Francesco, on veut même pas y goûter à ton tennis light, nous ce qu’on veut, c’est garder l’original avec colorants et conservateur !

Supplément : Pour vous, fans de tennis, la possibilité vous est offerte d’imprimer cette toute nouvelle « Cible Francesco Ricci Bitti » pour vous exercer à y jeter des petites fléchettes ou tout autres projectiles. Avouez ça vous démange.

Allez, on se défoule !

JH

2 Comments

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  1. 1
    régisseur

    Ehhh, moi c’est Jean-jacques j’exerce mon droit de réponse. Éliminé, j’ai pu aller supporter mon ami Jules. Il a été battu lui aussi en 3 sets par un illustre inconnu (ok Jules est inconnu aussi !) mais il faisait si froid. ..que trois sets…c’est long!!
    Avec la nouvelle mouture nous nous serions retrouvés plus vite derrière une bonne bière à refaire ce qui n’avait pas marché (un peu tout mais j’ai pas osé lui dire..).
    En ce qui concerne ton analyse j’ai eu peur de souffrir d’ anosmie . En réalité tout ça est une histoire d’argent et il est connu que l’argent n’ a pas d’odeur.
    Jeu, set et……..jack-pot pour la Fédération Internationale de Tennis.
    Au casino du sport, rien ne va plus. ……les jeux sont faits.

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