BH#5 Le titre qui cache la forêt


L’issue de cet Open d’Australie aura beau ravir bon nombres de fans de tennis, le sacre de Roger laisse pantois autour de l’état de forme du gratin du tennis mondial. Que se passe-t-il chez nos amis les tennismen ? 

« Ohlala, t’as vu Roger dimanche? Pfouah, j’en avais les larmes aux yeux, c’était tellement beau ! »… Aux milliers des fans et de médias qui ont exprimé haut et fort leur extase suite au vingtième sacre du maestro en Grand Chelem, on a envie de demander, tout simplement, si on a vu le même tournoi. Si sa victoire l’an passé, après des années de disette et au terme d’un parcours exceptionnel justifiait les larmes d’émotions voire même les bouteilles de champagne sorties pour l’occasion, son nouveau triomphe en terre australienne ce dimanche ne peut justifier une ferveur similaire. Et pour cause :  l’Helvète n’a eu de cesse de répéter qu’il n’était pas en grande forme tout au long des deux semaines de compétition. C’est donc sans briller, en servant bien et en assurant l’essentiel, que Federer s’est offert son 20ème trophée du Grand Chelem. Cela n’enlève rien à la toujours plus impressionnante oeuvre tennistique du Suisse, bien au contraire. Mais à force de titres en cascade, à 36 ans et sans toujours resplendir… on en vient à se demander ce que fait la concurrence dans tout ça.

Elle avait pourtant pris des vacances la concurrence.Un break, pour mieux rebondir. A la manière d’un Roger un an auparavant, les Murray, Djokovic, Wawrinka et Nishikori ont décidé de zapper leur fin de saison pour revenir pimpants, fringants et plus fracassants en 2018… C’est raté ! Quand ils n’ont pas été sortis avant les 1/4 comme Djoko et Wawrinka, ils n’ont tout simplement pas pris part au tournoi. Nos espérances résidaient alors dans leurs « suivants », les Thiem, Goffin, Dimitrov et Zverev qui, chaque année, prennent un peu plus de coffre et s’affirment aux plus hautes marches des tableaux. Mais rien n’y fait, la barre des quarts n’a, là non-plus, pas été franchies. Restait alors la #NextGen, ces poupons au talent fou, censés semer la zizanie dans cette hiérarchie à reconstruire après cette année quasi-blanche des cadors d’hier. Grâce à son nouveau chef de file, le Coréen Heyon Chung, celle-ci a été fièrement représentée, avec un parcours en demi-finale en terrassant l’invincible devenu invisible Novak Djokovic.

Psy, Kim-Jong-Un, Heyon Chung... qu'il soit du Nord ou du Sud, on est jamais déçu par les Coréens

Psy, Kim-Jong-Un, Heyon Chung… qu’il soit du Nord ou du Sud, on est jamais déçu par les Coréens

La promesse est là mais la consolation reste maigre, alors qu’on attendait un majeur australien parsemé de matches en cinq sets, magnifié par des rencontres au niveau de jeu stratosphérique et des scénarios étourdissants. Pour cela, et heureusement, le tableau féminin a clairement pris le relais. Le tournoi a sacré pour la première fois Caroline Wozniacki, au terme  d’une finale irrespirable, où les deux joueuses les plus méritantes mais jamais sacrées en Grand Chelem jusqu’alors, sont allées au bout d’elles-même pour s’offrir le Graal. La victorieuse Danoise a ravi par la même occasion la première place mondiale à son adversaire, et une fragile hiérarchie semble se redessiner après des années d’errements des cadors lors des premiers matches du tournoi. Oui, ce tableau féminin annonce une année prometteuse, où des rivalités durables parmi les cadors risquent d’enflammer la saison et où, surtout, la bataille entre attaquantes (Murguruza, Svitolina, Ostapenko) et les défenseuses (Wonzniacki, Halep) va faire rage. 

On ne pourra pas en dire autant pour nos amis les mâles. Si on a vu quelques jolis matches lors de la quinzaine (statistiquement, sur 255 matches joués, on pouvait s’y attendre), ce que nous dit cet Open d’Australie sur la suite de la saison n’est clairement pas de nature à rassurer. Les défenseurs-contreurs (Djokovic, Murray), qui ont imprimé leur tempo lors des années 2010 semblent payer leurs efforts inconsidérés à l’âge de la trentaine et laissent les attaquants purs souches s’imposer, seuls, depuis quelques mois. Et la finale Federer/Cilic, où le meilleur serveur (on caricature un peu) a fini par s’imposer, offrant un spectacle un tant soit peu limité, nous montre à quel point c’est un problème. L’équilibre dans la force semble rompu. Tel Luke Skywalker, Rafael Nadal, bien que beaucoup plus offensif qu’à ses débuts, a permis à cet équilibre de se maintenir jusque-là. Mais le malheureux, blessé, aura besoin de successeurs pour maintenir l’attractivité du spectacle tennistique. Et l’on espère que ce que l’on a vu lors de cet Open d’Australie n’est pas un condensé de ce qui va se passer cette saison. 

Pronostic pour la saison 2018 ...

Pronostic pour la saison 2018 …

Mais parce qu’il ne faut pas dramatiser à l’excès, philosophons un peu en s’avouant qu’à défaut de nous avoir gâté en spectacle, l’Open d’Australie nous a délivré une leçon de vie recyclable un peu partout : on est déçu que lorsqu’on a trop d’attentes. Alors, pour une fois, en 2018, partons du principe qu’aucun Français ne franchira la barre des huitièmes de finale en Grand Chelem, que la France ne gagnera pas le tournoi des six nations et que, dans une perspective plus proche, peu de « chances de médailles » françaises pour les JO de PyeongChang ne se convertiront a fortiori en véritables breloques. Traversons cette nouvelle année sportive tel un esprit léger, ouvert à la surprise et imperméable à la déception…

… puissiez-vous y parvenir. Personnellement, j’attends une finale Pouille/Monfils à Roland Garros, qu’on soit devant les US au classement des médailles des JO d’hiver et qu’on soulève la coupe du monde début juillet. A minima. 

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