Les tennis, trop perso pour les JO ?


Dans une interview accordée aux Dernières Nouvelles d’Alsace, Nelson Monfort a déclaré que, selon lui, « le golf et le tennis n’avaient pas leur place aux JO ». Un constat assez dur, mais pas dénué de sens quand on lit ses arguments. Alors, d’accord ou pas d’accord ? Analyse du sport à l’œil.

L’ami Nelson a partiellement raison

Nelson

« La drague, c’est Monfort »

C’est triste à dire quand on est amoureux de tennis, mais il faut voir la réalité en face : les tennismen ne sont pas fanas des JO. Dans un sport qui devient de plus en plus individualiste, hyper-professionnel et orienté vers le business, les tennismen évoluent sur une planète sportive bien éloignée de celle des autres sportifs et rare sont ceux qui placeraient dans leur hiérarchie des titres les Jeux Olympiques devant un Grand Chelem. Vous l’aurez compris, la logique tennistique n’est pas très olympique et il suffit de lire les propos de Benoit Paire dans l’Equipe pour le comprendre.

  • « Les JO, ce n’est pas un objectif pour moi »

En effet, tout juste repêché pour les Jeux suite au forfait de Richard Gasquet, on aurait pu s’attendre à ce que l’Avignonnais saute de joie quand il a appris qu’il s’envolerait pour Rio, mais c’est tout le contraire qu’on lit dans son interview. Son manque de sensations et de plaisir sur les courts en ce moment l’empêche en effet de se réjouir pour cet événement et plutôt que de croire au miracle de l’olympisme, il préfère mettre sa vraie carrière sur le circuit en priorité… Il est vrai qu’en général, Benoit n’en Paire pas une pour nous agacer, il n’empêche que ses propos illustrent le raisonnement de la plupart des membres du circuit ATP et WTA et évidemment ça nous fend notre petit cœur olympique.

C'est vrai qu'à côté de ce trophée sanglier, un médaille olympique ...

C’est sûr, à côté de ce trophée sanglier, une médaille olympique ça fait tâche 

  • Zika en a déjà faire fuir trois

Quand on organise une compèt au Brésil, il y a toujours quelque chose qui cloche. Et cette année c’est un moustique qui pourrait gâcher la fête. Même si 99,9% des sportifs feront quand même le voyage, trois tennismen et women ont renoncé à la compétition par peur du virus Zika: Simona Halep, Tomas Berdych et Milos Raonic. Et même si l’on comprend l’inquiétude des sportifs de haut-niveau à cet égard, il est intéressant de constater que parmi le peu de sportifs à avoir renoncé aux Jeux figurent trois joueurs de tennis inquiets pour le reste de leur carrière. De vrais piqûres.

  • Des tennismen pas très patriotes (en général)

Jugée trop chronophage et énergiephage (…), la Coupe Davis, seule compétition par équipe dans le calendrier tennisitque a perdu l’intérêt du gratin du tennis mondial. Alors qu’elle devrait représenter la Coupe du Monde pour nos amis tennismen, le peu d’argent qu’elle rapporte et l’usure physique qu’elle engendre l’ont transformé en coupe immonde pour des joueurs bien plus à même de jouer des tournois à Dubaï contre une dotation généreuse. Ce phénomène est tellement préoccupant qu’on aurait presque envie de retirer le tennis du programme olympique mais… fort heureusement, l’histoire du tennis aux JO nous prouve que ce sport a de solides arguments pour garder sa place dans celui-ci et qu’il faudra encore attendre avant de le remplacer par de la pétanque.

Ce que l’ami Nelson oublie

Nelson 2

  • Des Français en adéquation avec l’olympisme

Est-ce l’amour du drapeau Bleu-Blanc-Rouge ou l’envie de gagner une compétition plus remportée depuis 2002 qui poussent nos « Quatre Mousquetaires » à ne pas manquer un week-end de Coupe Davis ? Surement un peu des deux, mais on peut être fier des tennismen français à ce niveau-là et ceux, même s’ils résident tous en Suisse. Avec un Jo Wilfried Tsonga, dont le rêve de gosse affiché est de remporter les JO et la Coupe Davis et un Gaël Monfils qui défie même les ordres de ses coaches pour rejoindre la team France pour une confrontation contre l’Allemagne, les Bleus nous ont prouvé qu’ils aimaient représenter leur pays en compétition internationale. On serait chauvin de clamer une exception française, car des tennismen dévoués pour leur pays, ça existe (on pense à Radek Stepanek toujours chaud-bouillant en Coupe Davis ou à Rafael Nadal qui a remporté le trophée un paquet de fois), mais on peut au moins se rassurer quant au niveau de motivation de nos poulains sur les courts de Rio. Corocico !

  • Et le double dans tout ça ?

Malgré tout le respect et l’admiration que l’on porte à Nelson Monfort, clamer que le tennis est trop individualiste pour figurer aux JO, c’est omettre l’une de ses composantes essentielles : le double. Il suffit de revoir les larmes de Julien Benneteau et de Richard Gasquet lorsqu’ils ont remporté la médaille de bronze durant les JO 2012 pour comprendre que le tennis, lui aussi, est olympique quand il s’y met. Moins médiatisés, moins rémunérés et trop souvent oubliés, les spécialistes du double sont pourtant ceux qui transforment le tennis en sport d’équipe et il ne fait aucun doute qu’aucun d’entre eux ne ratera ce rendez-vous olympique. Et ça, Richard et Julien l’ont (presque) parfaitement résumé dans leurs fluides interviews dans la langue de Shakespeare.

  • Un palmarès qui défie les lois de la gravité

Si le format du tournoi olympique ne diffère guère des autres tournois au programme de nos tennismen, les podiums des olympiades sont toutefois beaucoup plus folkloriques qu’à l’accoutumée. Ainsi, chez les hommes, il est courant que le vainqueur ne soit pas celui qu’on attendait et les podiums sont bien souvent composés d’invités surprises. Si cela s’avère moins véridique chez les femmes, les victoires de Nicolas Massu en 2004 (si ce nom ne vous dit rien, c’est normal) ou de Marc Rosset en 1992 à Barcelone suffisent à démontrer que les tournois olympiques sortent clairement de l’ordinaire tennistique. Et ça fait du bien.

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Nicolas Massu, Mardy Fish, Fernando Gonzales, un coup de Massu sur la hiérarchie 

Un nouveau format pour plus d’olympisme ?

Afin de redonner à Nelson l’envie de regarder les JO à la téloche, peut-être faudrait-il songer à changer le format de la compétition. Imaginez, un seul et unique tournoi à élimination directe durant les deux semaines, dans lequel des équipes mixtes représenteraient leur nation en affrontant sur un format de quatre simples et deux doubles (ou deux simples et un double, à voir) les autres pays. Ainsi, les breloques viendraient récompenser un groupe plutôt qu’un seul joueur et l’esprit d’équipe triompherait pour une fois sur l’individualisme qui règne sur le circuit. Une compétition inédite et exceptionnelle, comme le veut la tradition olympique. On n’attend plus que l’aval de Nelson … encore faudrait-il qu’il nous lise.

Jules Hauss

1 comment

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  1. 1
    régisseur

    Nelson , ose te refaire le coup de Trafalgar et Comme son ancêtre le vice-amiral il enfonce ta défense du sport où tu excelles (si si on me l’ a dit).
    Il a bien raison ce brave multiglotte des courts bassins et autres pistes d’athlétisme. Car, si moi ce n’est pas mon fort, pour lui et son empathie naturelle, le sportif n’ a plus de secret.
    Nelson vit le sport (et du sport) et si ses références sportives ne doivent casser trois pattes à un Colvert
    j’ai envie de le soutenir.
    Alors oui , exception française pour la coupe Davis.
    Mais n’est ce pas là seule occasion pour nos compatriotes de gagner un trophée à reconnaissance planétaire. Il y a bien longtemps qu’ils (les joueurs) savent que les grands chelem leurs sont interdits. Franchement Jules, qui le peut vraiment dans nos actuels moustiquaires.
    Lapsus moqueur pour tous ces sportifs qui ne connaissent pas le bracelet répulsif. ….
    Encore un mot (pas sur Benoît Paire et pourtant….)mais sur la Fédération qui aurait dû, sur le champ le remplacer après ses propos.
    Je termine en te félicitant pour ce nouvel article. Si j’étais rédacteur en chef tu serais mon pigiste à Rio.

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