L’équipe de France, victime de l’effet papillon



Qu’y a-t-il de pire qu’un lendemain de finale perdue ? Un lendemain de finale perdue, 1-0, face à la Nation produisant le pire jeu de toute la compétition, aux prolongations, après avoir archi-dominé tout le match, en étant passé à la 90ème minute à deux centimètres d’être champion d’Europe… Mais les lendemains de finale perdue sont également d’excellentes occasions de relativiser toute l’amertume de la veille et de trouver les motifs de satisfaction et surtout de consolation. La colère rangée au tiroir, place au débriefing d’une soirée maudite, qui nous rappelle une nouvelle fois que le sport est un salaud et que c’est aussi pour ça qu’on l’aime.

Fatigue, Malchance et Happy-end

On aura beau retourner ce match dans tous les sens, comparer le parcours totalement opposé des deux équipes, regarder la possession, les tirs cadrés, les occasions franches qui ont été en tout point favorables à nos bleus ; il était écrit que le Portugal devait gagner cet Euro en éteignant le pays organisateur. Tout comme ils ont vu « leur » Euro leur échapper en finale il y a douze ans, face à des Grecs que personne n’attendait, les Portugais de CR7 en avait gros sur la patate et nous ont fait le même coup au Stade de France.

Et pourtant, c’est sans son idole que le Portugal est allé la chercher. Après 20 minutes de jeu, le héros de toujours s’en est allé, blessé, des larmes et un … papillon sur la joue, offrant sa chance quatre-vingt minutes plus tard au héros d’un jour, qui a failli ne pas faire partie du voyage. Un scénario hollywoodien, dans lequel le sauveur ne pouvait être qu’un looser et il était tout trouvé. Evoluant au poste d’attaquant à … Lille et dernier choix de son séléctionneur, l’exploit individuel dont le Portugal avait besoin pour gagner ne pouvait venir que d’Eder, qui ne serait jamais entré sans la blessure de CR7. Son but salvateur à dix minutes du terme est venu couronné une génération dorée du Portugal (CR7, Pepe, Carvalho, Moutinho, Quaresma, Nani) pour qui c’était sûrement la « Der d’Eder » en finale d’une compétition internationale. Et ça c’est beau.

Le jardin d'Eder ...

Le jardin d’Eder …

Mais à deux centimètres près, pas de happy-end pour Eder et le Portugal : c’est l’ami Gignac qui aurait endossé le rôle de libérateur. Il a malheureusement fallu que le vent souffle du mauvais côté, alors qu’André-Pierre avait été le seul à réussir à enrhumer un Pepe titanesque. Et puis en parlant de titan, faut-il aussi saluer l’immense performance de Rui Patricio (qui possédait la terrible caractéristique de n’avoir réussi aucun arrêt en phase de poule), frappé par la foudre divine le Jour J, le Soir S, le Dimanche D, pour contrer toutes les tentatives de nos Bleus sur des parades pas piquée des hannetons. Résultat ? Une archi-domination stérile de l’équipe de France, due en grande partie à une défense d’acier, à un immense gardien, mais également à un réel manque de fraîcheur physique, qu’on peut, sans vraiment être de mauvaise foi, imputer à ce jour de récupération en moins.

Certes, les Bleus ont été épargnés dans leur tirage au sort et dans leur temps de repos avant les demi-finales, mais un exploit tel que celui d’éliminer la National Manschaft, championne du monde en titre, nécessite bien plus que trois jours à être digéré. Les Portugais n’en eurent guère qu’un de plus, mais ce fut suffisant pour élaborer un réel plan tactique et surtout avoir la réussite de son côté sur l’un de ses seuls tirs cadrés réalisés durant 120 minutes (trois au total, contre 7 pour les Bleus). Trois jours de récup’ entre la demi et la finale, du jamais vu dans l’histoire du foot et ça, on le doit uniquement à Platoche et sa formule à 24 équipes, dont les Portugais ont su tirer un réel bénéfice.

Quand le destin dépasse le football

Parce que oui, dans un Euro à 16 équipes, à l’ancienne, le Portugal n’aurait même pas franchi la phase de poules. Incapable de battre la moindre équipe en trois matchs, les Portugais se sont glissés in extremis en huitièmes de finale, dans un rôle de meilleur troisième alors inexistant avant cet Euro 2016. La suite, vous la connaissez : une victoire en prolongation contre la Croatie, une aux tirs au but contre la Pologne, une belle demi-finale face aux Gallois et donc le scénario terrible de dimanche. Pas besoin d’être Einstein pour comprendre qu’ils n’ont gagné qu’un seul match en 90 minutes…

Il va falloir s'y faire ... Mais là, tout de suite, ça pique les yeux

Il va falloir s’y faire … Mais là, tout de suite, ça pique les yeux

Des miraculés donc, mais une équipe finalement à l’image de cet Euro. Avec leur jeu résolument défensif, ils ont mis un point d’orgue à un Euro qui aura vu les petites équipes jouer crânement leur chance en misant tout sur la défense et dans lequel au contraire, les équipes produisant du vrai beau jeu tombèrent comme des mouches… enfin des papillons quoi.  Ce fut d’abord le cas des Espagnols et des Croates en huitième, qui avait éclaboussé l’Europe de leur technique, suivi en quart des Belges qu’on voyait volontiers brandir le trophée avant que l’Allemagne ne vienne buter sur la défense Bleu acier de l’équipe de France. Ce fut donc dans la suite logique des choses, que nos amis Portugais réussirent leur coup en mettant le bus derrière face à des Bleus joueurs.

La parole était à la défense, après huit années de domination du beau jeu espagnol, un phénomène que l’on doit essentiellement à la prédominance des clubs sur les équipes nationales et au manque d’automatismes au sein des équipes nationales. Si les Espagnols ont tant dominé par leur beau jeu, ils le doivent essentiellement à leur ossature à 90% composée de joueurs de Barça et du Real, dont les mécaniques étaient déjà établies bien avant les compétitions internationales. Ce qui n’était pas le cas de nos Bleus, victime d’un manque de maturité pour contourner un bloc défensif portugais terriblement bien rôdé et à qui il ne pouvait pas arriver grand-chose tant l’histoire était écrite.

Parce que oui, si la France a perdu dimanche soir, c’est aussi et surtout parce que sa finale à elle, elle l’a gagnée en demi-finale contre l’Allemagne trois jours avant. Dans cet Euro complètement fou, toutes les malédictions historiques du ballon rond sont tombées. Les Italiens avaient d’abord enfin réussi à faire tomber leur bête noire espagnole, avant de perdre en quart contre une Allemagne qui ne les avait jamais battus en compétition internationale. Dans la foulée, c’est la France qui conjura sa malédiction allemande en demi-finale, avec ce coup de main du destin signé Bastian Schweinsteiger et un réalisme à toute épreuve. Il était évident que le Portugal, qui n’avait plus battu les Bleus depuis 64 ans, allait triompher en ce maudit 10 juillet.

Pleure pas Blaisou :(

Pleurs pas Blaisou :(

En guise de consolation

Oui, c’est vrai, s’il y avait bien une compétition à gagner, c’était cet Euro à la maison. Mais passée cette déception, on peut entrevoir dans le brouillard de la désillusion des Bleus les éclaircies de l’exploit réalisé mais aussi et surtout les promesses d’un futur doré. Au terme d’une préparation semées d’embuches, entre l’affaire de la sextape, les accusations de racisme envers ce bon vieux DD, les absences des piliers de la défense bleue (Varane, Sakho) mais aussi de notre sentinelle Lassana Diarra, une réelle force collective est née au sein de ce groupe et on part de cet Euro avec des images fortes plein la tête au sein d’une population française meurtrie par une sale année 2015. La jeunesse et l’insouciance de notre groupe les ont portées jusqu’à la finale, avant de lui porter préjudice pour aller chercher le Graal face à ces vieux briscards de Portugais. Parce que oui, aucun de nos Bleus, si doux et si tendres,  n’auraient réussi à obtenir un coup-franc sur une main d’un de ses compatriotes, n’auraient mis 55 secondes à tirer un coup-franc anodin durant la prolongation où n’aurait tenter de faire sortir son vis-à-vis du match sur divers poussettes ou gestes déplacés.

On oubliera jamais ça

On n’oubliera jamais ça

Alors trop bons, trop cons nos Français ? Non je ne crois pas. Les Portugais ont peut-être gagné un titre majeur à nos dépens, mais leur avenir footballistique est beaucoup plus incertain que le nôtre, où l’on voit bien l’équipe de France devenir la nouvelle patronne du football mondial. Avec un ballon d’or potentiel dans ses rangs (Grizou) ; d’autres stars pas encore parvenues à maturité (Varane, Pogba) ; un vivier exceptionnel de défenseurs (Umtiti, Koscielny, Varane, Sakho, Laporte, Mangala, Zouma…) mais aussi des joueurs qui n’ont pas encore eu l’occasion de montrer tout leur potentiel (Fekir, Lacazette, Martial, Coman…) ; un Ben Arfa de retour au meilleur niveau et surtout… MOUSSA SISSOKO ;  la France n’a que posé les bases de son histoire pour rêver à des jours meilleurs. Et puis à choisir entre un titre et 20 ans de disette ou une finale et un avenir doré, après deux Euros indigestes (2008, 2012) et un mondial Sud-Africain désastreux, le choix se fait rapidement. Alors séchons nos larmes et cessons de minimiser l’exploit portugais. La routourne va finir par tourner et notre papillon finira par s’envoler.

Les Portugais, eux, n'ont pas ça derrière eux

Les Portugais, eux, n’ont pas ça derrière eux

Bonus

Parce que c’est aussi et surtout pour ça qu’on aime le sport. 

Jules Hauss

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