La Metz est dite et on est triste


Bien que l’aval de l’ATP soit toujours attendu, on sait d’ores et déjà que l’Open de Moselle ne figurera plus sur le calendrier tennistique dans les années à venir. Un crève-cœur comme le tennis-circus risque de nous offrir de plus en plus, pour notre plus grand désespoir…

« Impossible de lutter. On n’a plus notre place sur le circuit mondial ». C’est par ces mots qu’Yvon Gérard, directeur général et actionnaire principal du Moselle Open a annoncé la vente du tournoi qui se déroulait au mois de septembre à Metz depuis 2003. Ce tournoi qui faisait partie des quatre « Mousquetaires » français de catégorie 250* au calendrier (avec l’Open de Nice, de Montpellier et de Marseille) a donc lâché ses petits copains, ne récoltant plus les fonds suffisants pour offrir un tournoi de qualité à ses spectateurs dans les années à venir. Retour sur les raisons de cette triste destinée mais aussi sur les belles heures d’un tournoi qui restera le seul et l’unique, à avoir vu Jérôme Haenhel soulever son trophée…

Oui, c'est moi, Jérôme

Oui, c’est moi, Jérôme

Pas vraiment une surprise

On a beau être chagriné par la nouvelle, il fallait se rendre à l’évidence: le tournoi de Metz était un miraculé parmi les tournois du circuit. C’est donc sans réelle surprise qu’on a appris la fin de sa belle histoire. Les galères commencèrent en effet dès 2009, soit six ans après son implantation. Au bord du gouffre cette année-la, son directeur général redresse d’une main de maître le tournoi, en l’ouvrant à de nombreux actionnaires (pas seulement du monde du tennis). Le tournoi remonte alors la pente avant que des problèmes d’infrastructures ne pointent le bout de leur nez. Ainsi, en 2011, l’Open de Moselle se transforme en « Moselle Open » (indispensable) et change de décor pour siéger au Parc des expositions. Ce dernier s’avère offrir un cadre parfait pour l’aspect « hors-court » du tournoi mais coûte bien trop cher au niveau de l’aménagement sportif. C’est pourquoi en 2014, le tournoi revient aux Arènes de Metz qui offrent un aspect sportif idéal, mais des espaces publics moins sympatoches. Cette même année 2014, la mairie de la ville décidait de stopper son aide financière au tournoi, parce qu’après tout, on donne de l’argent à la Metz et non l’inverse. 240 000 euros retirés d’un budget déjà bien maigre qui vont contraindre le conseil d’entreprise à vendre le tournoi et ce, malgré un chiffre d’affaire en constante augmentation… Rageant.

Une concurrence trop forte

La dure loi du sport-business aura donc eu raison du Moselle Open. Si le Prize Money* Messin (520 070$) n’était pas des plus élevés (supérieur à seulement 3 tournois de même catégorie sur les 39 organisés dans l’année), il faut aussi et surtout voir sa chute dans la concurrence à laquelle il a du faire face. En effet, se déroule depuis deux ans sur la même période le tournoi de Saint-Petersbourg, qui n’a eu de cesse d’augmenter son budget pour attirer le gratin du tennis mondial. Avec un Prize Money proche du million de dollars et une enveloppe qui double celle du tournoi messin pour inviter les joueurs à participer, le tournoi russe a vite montré les crocs en terme de programmation.

Présent en 2015, Stan a fini par rejoindre le côté obscur de Saint-Saint-Pétersbourg

Présent en 2015, Stan a préféré manquer la Metz cette année pour aller en Russie

Ainsi, alors que le tournoi du chef-lieu de la Lorraine attirait Dominic Thiem, David Goffin, Lucas Pouille et Gilles Simon (respectivement 10, 14, 18 et 28ème mondiaux), le Saint-Petersbourg réunissait Stan Wawrinka (3ème mondial et récent vainqueur de l’Us Open), Milos Raonic (6ème mondial), Tomas Berdych (9ème) et Roberto Bautista Agut (16ème). Face à cette cadence infernale imposée par son concurrent, Metz a préféré offrir un joli dernier tableau à ses spectateurs plutôt que de se battre pour les miettes dans les années à venir. C’est bien connu, un tableau sans star, c’est pire qu’une quiche sans lardons.

De Metz à… Taïwan

Alors qu’on pressentait un tournoi au Kazakhstan ou à Singapour, c’est finalement Taïwan, élu capitale du tennis en 2016 (hum hum) qui a raflé le gros Lorrain…. enfin le gros lot. C’est en effet un Taïwanais à la tête d’un groupe industriel qui brasse des milliards qui a racheté la franchise du tournoi 250. S’ensuivront une augmentation de 30% du prize money (pour se rapprocher de celui de Saint-Pet’) mais aussi un passage de 300 000 à un million d’euros concernant le prix de l’enveloppe pour inviter les joueurs à participer. La dure loi du sport aujourd’hui est évidemment aussi dictée par le flouz. Alors forcément, la rancœur accompagne la vente de ce rendez-vous qu’on appréciait particulièrement. Mais dans un tennis qui se mondialise, il n’y a en effet aucune raison que la France conserve quatre tournois 250, deux master 1000 (parce que Monaco c’est un peu la France aussi) et un Grand Chelem alors que les pauvres Taiwanais n’auront qu’un « misérable » tournoi 250. Il n’empêche qu’on aimerait éviter un exode massif des tournois des contrées remplies de pétro-dollars ou autre milliardaires novices en la matière. Partager, oui. Dénaturer, non. 

Nous vous ne rêvez pas

Novak Djokoquiche

Le bilan d’un tournoi qui avait de l’allure 

Dire adieu au Moselle Open, c’est tout d’abord dire adieu au plus gros événement sportif du Nord-Est. Avec près de 60 000 personnes accueillies chaque année, le tournoi apparaissait comme la plus belle vitrine de la ville Metz et permettait à des milliers de fans de tennis dans le monde de placer Metz sur une carte. Ne restent désormais plus que les matchs du FC Metz et l’élection de Miss Mirabelle pour cela… Élu tournoi de l’année par l’ATP en 2012, le Moselle Open offrait un cadre idéal à ses spectateurs, tant sur l’aspect « hort-court » dans lequel il a toujours excellé que sur le plan tennistique. On parle en effet d’un tournoi qui avait pour ambassadeur Jo-Wilfried-Tsonga et qui a vu passer Novak Djokovic, Andy Murray (certes jeunes et fous mais tout de même) mais aussi d’autres grands noms des années 2000 comme Davidenko, Safin, Wawrinka, Ferrer, Ferrero ou encore Ljubicic. Mais soyons honnêtes et chauvins, c’est aussi parce que Metz a vu son fameux trophée soulevé par des bons franchouillards français comme on les aime, qu’on a tant apprécié ce tournoi. C’est en effet le seul tournoi que JWT a remporté trois fois, que Gilles Simon a remporté deux fois et surtout …. surtout… l’unique titre remporté par Jérôme Haenhel… Et ça, mesdames et messieurs ça vaut tout l’or du monde. C’est pourquoi on est ravi que le nom de son dernier vainqueur soit à la hauteur du standing de ce tournoi mythique. C’est en effet Lucas Pouille qui y a remporté cette année le premier tournoi de sa jeune carrière. Un homme qui symbolise l’avenir du tennis français et surtout d’un tennis qu’on aime. Un tennis que le Moselle Open nous a offert durant ces 13 magnifiques éditions. Et pour cela, on voulait lui dire un grand Metzi.

On aura au moins fini sur une note positive

On aura au moins fini sur une note positive

*Section « Le tennis pour les nuls »
  • Qu’est ce qu’un tournoi ATP de catégorie 250 ?

Les joueurs professionnels, pour gagner des points et des titres sont amenés à participer à des tournois catégorisés par leur importance et le nombre de points qu’ils rapportent. Les Grand Chelem rapportent 2000 points au vainqueur, les Master 1000 en rapportent 1000, les ATP 500 en rapportent 500 et donc les ATP 250, 250 (sans oublier les challengers et Futures, catégories en-dessous et un brin plus compliqué). Ces points viennent s’additionner tournoi après tournoi, permettant ainsi d’établir un classement en fonction du nombre de points que chaque joueur possède. Chaque année, les points gagnés par un joueur dans un tournoi sont remis en jeu. Un système équivalent mais bien plus compliquée existe pour les femmes. Ce sera pour un prochain article. 

  • Qu’est ce-donc que le Prize Money ?

C’est tout simplement l’argent que le tournoi va distribuer entre ses différents participants. Ainsi, un le vainqueur du tournoi de Metz remportait 82 450€ , le finaliste 43 430€ et ainsi de suite jusqu’au perdant du premier tour, qui repartait avec un peu plus de 4000€. 

 

 

+ There are no comments

Add yours